Le RPR renaît dans le Vaucluse

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Des responsables départementaux du RPF fondé par Charles Pasqua font partie des nouveaux « propriétaires » du nom et du logo du parti chiraquien dissout en 2002

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Igor Kurek, secrétaire général du RPF et Christian Chevalier, responsable RPF de la première circonscription font renaître le RPR.

Photo Arnold Jérocky

Le chef d’orchestre du Rassemblement pour la France (RPF) pour la région sud-Est, Igor Kurek le promet : aux élections sénatoriales, François Vaute (élu d’opposition à Avignon) et candidat de ce parti sera aussi soutenu par le… RPR. Vous avez bien lu. Il s’agit bien du même acronyme de 1976 mais, manifestement, jamais personne n’avait songé à déposer la « marque » auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle. Le RPR, dissout il y a douze ans par Jacques Chirac après sa réélection en 2002, renaît donc officiellement de ses cendres.

En début d’année, Frédérik Bigrat –l’un des responsables nationaux du RPF– s’est chargé d’effectuer la démarche auprès de l’INPI. Le symbole de la croix de Lorraine gaulliste se retrouve donc la « propriété » du RPF. Il y a quelques semaines, les statuts de l’association RPR (calqués à quelques virgules près sur les statuts historiques) ont été déposés à la préfecture de police de Paris. Frédérik Bigrat en est le président. Igor Kurek en est le secrétaire général et l’Avignonnais François Vaute, deuxième vice-président.

La forme et le fond…

Voilà pour la forme. Mais sur le fond ? Quel est l’intérêt de vouloir faire du neuf avec du vieux ? Au-delà du « coup » de « marketing politique », Igor Kurek fait le pari que l’UMP, « qui n’a pas plus de patron », va bientôt être enterrée. Et qu’il faut exhumer le RPR pour « récupérer le noyau dur de l’UMP » et rassembler les « familles gaullistes dispersées et déboussolées ».

« Le sarkozysme a tué le gaullisme mais le gaullisme est éternel. C’est comme un Phénix, ça renaît toujours de ses cendres, plaide ce proche de Charles Pasqua. Depuis trois ans que l’on fait des réunions, on entend partout les gens s’interroger pourquoi le RPR n’est plus… Il y a une véritable nostalgie des valeurs portées par le RPR ».

Pense-t-il à Thierry Mariani qui avait déclaré en 2012 : « L’avantage du RPR c’est que nous connaissions le résultat de l’élection 48 h avant et pas 48h après » ?

Mais, nuance de taille : à entendre Igor Kurek, le « nouveau » RPR ne formerait qu’une entité d’un « très large regroupement » des familles politiques situées à droite de l’échiquier, du centre à l’extrême. « Une droite souverainiste et républicaine avec le RPF comme bateau-amiral », décrit-il.

Ce message, Igor Kurek l’avait déjà claironné au lendemain des municipales, en déclarant que « la reconstruction de la droite avignonnaise se fera autour du RPF. Les baronnies c’est fini et le gaullisme de rente que pratiquent certains, ça suffit ! »

Et voilà que cette « prédiction », il la projette désormais à l’échelle de toute la France. Igor Kurek s’enflammerait-il ? Il a en tout cas choisi un logo pour le moins provocateur pour incarner ce « Rassemblement national » : une flamme identique à celle du parti lepéniste entrelaçant une Croix de Lorraine… De quoi rassembler ? Ou mettre le feu ?


Le département éprouvette du large rassemblement à droite

En politique, les convictions ne font pas tout. Titillé par le désir d’une carrière prometteuse, le politique sait franchir –parfois aisément– les lignes blanches se définissant souvent comme un « trait d’union » pour faire le lien entre des valeurs que l’on pensait inconciliables. Des scrutins passés et récents l’ont montré. Aux municipales de mars dernier par exemple, le FN dans sa nouvelle formule, a tenté un peu partout en Vaucluse, des passerelles parfois réussies avec des politiques issus de la droite « républicaine ». Elle le fera à Courthézon, elle le fera aussi à Sorgues où la tête de liste d’un Rassemblement bleu Marine est un ancien adjoint issu de la majorité UMP.

A Avignon, des élus de la majorité Roig s’affichent sur une liste FN-RBM. Un autre encore, candidat dissident, ira jusqu’à rencontrer secrètement Jean-Marie Le Pen pour négocier un soutien avant de renoncer. Une fois le conseil municipal installé, l’UMP Philippe Marcucci se ralliera au colistier du candidat RBM, François Vaute (RPF) pour former un nouveau groupe d’opposition au maire socialiste avignonnais. Demain aux sénatoriales, ce même François Vaute pourrait faire alliance avec la Ligue du Sud le micro-parti de Jacques Bompard, député-maire d’Orange.

Dans le Haut-Vaucluse, cet ex-frontiste avait déjà rendu poreuses les frontières avec l’UMP notamment par un savant jeu d’alliances aux municipales mais aussi aux législatives de 2012 formant un tandem avec le maire UMP de Piolenc. À quelques semaines du premier tour des législatives, Bompard invente même « l’extrême-centre ». Il élabore la charte de l’union de la droite et du centre qu’il signe avec quatre autres candidats aux législatives dont Christophe Lombard, ex-patron vauclusien du Nouveau-Centre. L’idée est de condamner les diktats parisiens et de faire la promotion du « localisme ».Le maire d’Orange le revendique alors, il veut faire du Vaucluse une sorte de laboratoire. Le MoDem crie au scandale et à la « gangrénisation » du Vaucluse par le « système Bompard ».

En d’autres terres de conquête, l’UMP Julien Aubert, proche de Copé, lance en 2013 l’association Rassemblement bleu lavande. Cap à droite pour l’énarque devenu député de la 5e circonscription. Engagé dans une bataille des municipales compliquée (qu’il perdra), l’élu bleu lavande pense que l’artifice peut ramener au bercail les électeurs tentés par le vote FN. Sans s’acoquiner sur la place publique avec l’extrême-droite, d’autres élus se sont volontiers départis de l’estampille UMP.

Dans ce département, face à l’enracinement de l’extrême-droite et alors que la droite traditionnelle, divisée, a perdu ses barons, les représentants de la classe politique dite « républicaine » brouillent de scrutin en scrutin les lignes de l’échiquier pour former des alliances complices. Et souvent dans le seul intérêt de gagner un titre ou de conserver un fauteuil.


Le symbole du « Rassemblement national » disputé

Sur l’affiche de campagne de Florian Philippot, lors des dernières municipales, on aperçoit en haut à gauche une Croix de Lorraine entrelacée de la flamme, symbole historique du FN. Ces deux symboles réunis forment aujourd’hui le logo officiel du « Rassemblement national ». Si ce slogan avait été utilisé par Jean-Marie Le Pen pour la campagne, en 1986, des législatives, et que le RPF vient de reprendre ; en revanche, ce logo associant la Croix et la flamme n’avait jamais été déposé à l’Institut national de la propriété intellectuelle.

Un « détail » manifestement ignoré par les responsables du FN qui n’ont pas manqué de demander au RPF de ne plus utiliser ce symbole. C’était alors sans savoir que le RPF en était propriétaire depuis fin 2013. Lequel RPF se réserve aujourd’hui le droit d’attaquer le FN pour avoir utilisé un logo lui appartenant.

 Laurent Alexandre et Mélodie Testi

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